Il a mauvaise réputation. Tant pis pour ses détracteurs.
Sans doute sont-ils passés à côté de sa bouffonnerie – ce fut mon cas lors des premières lectures –, n’ont-ils pas pris le temps de le lire ou de l’entendre, et ont-ils oublié la force de ses personnages féminins – combien d’auteurs ont offert autant de grands rôles de femmes, aussi forts et aussi complexes ?
Paul Claudel est pour moi un compagnon de route, un guide et un partenaire de jeu, depuis mes dix-sept ans. C’est lui qui m’a ouvert les portes de l’Asie, le monde des marionnettes, celui de l’opéra. En lui je retrouve aussi une part de l’Amérique qui m’est essentielle, et ces racines rurales qui ne s’accommoderont jamais aux salons. Et je lui suis à jamais reconnaissante de ses multiples contradictions et paradoxes – ils libèrent.
Je ne partage pas sa foi ni sa théologie mais j’éprouve la même soif d’absolu que ses personnages.
Voilà bientôt trente ans que je parcours son œuvre, que je l’étudie, la commente, l’imagine, l’incorpore, la déguste, la traduis, l’adapte, la transmets. Que j’explore Claudel, me dispute, me débats et m’enthousiasme avec lui. Qu’il ne cesse de renouveler mes questionnements, de me surprendre.
Le Paul Claudel que je connais est drôle, lucide sur les autres et sur lui-même – peu sur les femmes qu’il aime – , trop intelligent pour son époque et pour la nôtre. Multiple.
Rude aussi, oui, bien sûr.
Il a l’orgueil des génies et l’humilité de reconnaître qu’il a eu besoin d’être bourgeois pour ne pas devenir fou.
Claudel, donc, m’occupe depuis bientôt 30 ans.
Un concours, une maîtrise, un doctorat, un livre, quelques articles et conférences.
Des scènes à l’école Dullin, un long stage d’observation dans les coulisses du Soulier de satin d’Olivier Py en 2003, un stage d’interprétation sur L’Echange avec Michel Fau au Centre Dramatique National d’Orléans, puis la transmission aux étudiants de l’Etsba ou de l’Esnam. Partager avec d’autres l’ivresse de le proférer et de l’entendre proféré. De sentir ce souffle passer en soi.
Plusieurs passages à Brangues, à Villeneuve-sur-Fère, la Hottée du Diable. A Paris la rencontre de Renée, sa fille. De longues discussion avec l’intense Marie-Victoire, sa petite-fille.
La lecture des Lettres à Ysé, qui met si mal à l’aise.
L’étrange et hétéroclite communauté que fédère la Société Paul Claudel.
L’exploration du mystère Camille. La tendresse entre ces deux-là. Leurs passions. Leur folie commune. La fatigue et l’agacement quand la légitime admiration pour la sœur sert de prétexte à la haine du frère.
Mille étonnements sur des considérations économiques, géopolitiques, théologiques, lexicales.
L’initiation aux marionnettes. La découverte du théâtre chinois, du nô, du bunraku du kabuki japonais, du mamulengo brésilien, du wayang indonésien, des Piccoli de Podrecca, de Georges Lafaye.
L’honneur et plaisir suprême de l’adapter pour l’opéra. La rencontre avec Dalbavie et Leroux, fondatrice elle-aussi.
Aujourd’hui le compagnonnage avec Christian Schiaretti, Olivier Balazuc, Gilles Blanchard, Claire David, Joël Huthwohl, Blandine Masson, Célie Pauthe, Laurine Villaume, pour la création du Prix Paul Claudel de littérature dramatique et la poursuite de l’aventure des Nouvelles Rencontres de Brangues. La découverte de Milène Tournier.
Demain, un projet d’exposition, de mise en scène. Et d’écriture.
Ressources
Je vous propose ci-dessous quelques ressources pour construire votre propre parcours avec lui.
Claudel dans ce site
Recherche
Paul Claudel et les spectacles populaires. Le paradoxe du pantin, Classiques Garnier, 2012
Ouvrage tiré de ma thèse : Paul Claudel, le théâtre populaire, les marionnettes, les théâtres d’ombres, le cirque, le music-hall, la foire et ce qu’il en fait.
Partage de midi de Paul Claudel, collection Pièces (dé)montées, Scéren, 2008
Dossier pédagogique co-écrit avec Anne-Marie Bonnabel
Mes publications dans le Bulletin de la Société Paul Claudel
Claudel et la marionnette
Parcours thématique en préparation
Création
Le Soulier de satin, opéra de Marc-André Dalbavie
L’Annonce faite à Marie, opéra de Philippe Leroux
Deux expériences dramaturgiques, deux livrets d’opéra à partir du texte original de Claudel.
Ailleurs sur le web
Suggestions découverte
Ce sont celles et ceux qui ont eu le plaisir de l’interpréter qui en parlent le mieux. Il me semble que Claudel ne peut s’appréhender que par une expérience sensible.
Lire Claudel pour la première fois – à voix haute
L’Echange
Quatre personnages, autant de facettes de l’auteur. Deux couples qui s’échangent. Ma préférence va à la première version, la plus lyrique.
Connaissance de l’Est et L’Oiseau noir dans le soleil levant
Entendre sa voix
Mémoires improvisés, entretiens menés par Jean Amrouche, ORTF↗
41 entretiens rediffusés en podcast par Radio-France. Ils ont été transcrits et publiés par Gallimard (livre + audio).
Sentir son drame intime
Paul Claudel, la conversion ou l’épreuve d’un coeur, éditions du Carmel, 2002, 70 p.
Ce petit recueil très bref propose un montage de textes de Claudel choisis par le comédien Jean-Luc Solal. De la rage anarchiste à la conversion subie comme un combat avec l’ange, la passion amoureuse, le risque de la folie, l’espoir du sens.
Une biographie
Je suis le contradictoire, biographie de Paul Claudel par Claude Perez, Le Cerf, 2021, 568 p. ↗
Contribue à rompre les perceptions monolithiques du personnage Claudel.
Un documentaire
Paul Claudel, portrait-souvenir, 1963, ORTF. Archive INA. 120 min.
Compile des témoignages d’artistes, de critiques et de diplomates ayant fréquenté Paul Claudel. Passionnant, délicieusement suranné et souvent drôle.
Une mise en scène historique
Le Soulier de satin, mise en scène Antoine Vitez, 1987.
Camille et Paul
Camille et Paul Claudel, lignes de partage, de Marie-Victoire Nantet, Gallimard, 2020, 240 p. ↗
A travers l’étude de leurs œuvres, mieux comprendre la relation entre l’aînée et le benjamin.