Depuis mes premiers travaux universitaires, la musique et la voix occupent une place importante dans mon approche des œuvres dramatiques.
Mon mémoire de maîtrise portait sur le personnage de Rodrigue au théâtre et à l’opéra – à partir du Cid de Jules Massenet, de La Fille du Cid de Casimir Delavigne et du Soulier de satin de Paul Claudel – , tandis que l’ouvrage tiré de ma thèse de doctorat dédie un chapitre la manière dont Paul Claudel intègre musiques et chansons populaires à son théâtre. Ces recherches ont nourri une réflexion de long terme sur les relations entre langue, son, rythme et dramaturgie.
Cette attention à la dimension sonore s’est prolongée dans ma pratique artistique de librettiste et de dramaturge pour l’opéra.
La collaboration avec Marc-André Dalbavie pour Le Soulier de satin a posé la question de la condensation d’une œuvre foisonnante, de la lisibilité dramaturgique et de la prosodie chantée sur une très longue durée. Elle a pour cœur secret le mystérieux personnage de Musique, capable d’entendre l’harmonie au travers du chaos. Celle-ci détient la clef optimiste des trajectoires apparemment tragiques des autres figures de la pièce.
Avec Philippe Leroux, pour L’Annonce faite à Marie, le travail s’est déplacé vers la matérialité même de la langue claudélienne : ses images, ses tournures populaires, sa graphie manuscrite, que le compositeur souhaitait intégrer au processus de composition par des techniques computationnelles. La confrontation des différentes versions de la pièce a permis d’élaborer une relecture dramaturgique mettant notamment en lumière la complexité de la relation sororale entre Violaine et Mara, et de proposer une autre lecture de la célèbre « scène du miracle ».
Mon parcours a également intégré une réflexion sur l’écriture du geste, du mouvement, de la relation et de la présence scénique à travers un chantier consacré à la notation du mouvement avec objet. Celui-ci a été initié en 2010 à l’occasion des Rencontres nationales Marionnettes et musique organisées par THEMAA, avec la chorégraphe et notatrice Laban Delphine Demont et Pierre Blaise, marionnettiste, metteur en scène et pédagogue. Il a ensuite été poursuivi à partir de 2016 au sein de la chaire ICiMa avec Alexandra Vuillet, Blandine Vasseur et Vincent Lenfant. Ce travail interrogeait les manières de décrire, transmettre et analyser les gestes, les interactions et les rythmes du jeu avec la marionnette ou les objets.
La musique est également au cœur de recherches historiques et théoriques en cours, comme le projet Music for the Eyes / Musiques pour l’œil, dirigé par Catrina Flint de Medicis (Université de Montréal). Ce chantier porte sur des œuvres françaises de la fin du XIXᵉ siècle où le visuel et le sonore sont dissociés, à une période charnière pour l’histoire de l’enregistrement sonore. Ma contribution au projet Little Wooden Actors at the Petit-Théâtre de la Marionnette (1888–1894), portant notamment sur Maurice Bouchor, s’inscrit à l’intersection de mes recherches sur l’histoire et les pratiques de la marionnette et de mon expérience de la dramaturgie musicale.
Enfin, l’attention aux rapports entre voix, musique, mouvement et scène est aussi nourrie par une pratique vocale et instrumentale amateure, depuis l’enfance, qui contribue à nourrir mon écoute des œuvres, des interprètes et des dispositifs scéniques.
La thématique musicale qui traverse mon parcours articule ainsi recherche, création et expérience sensible autour d’un même questionnement : comment la musique, la voix et le mouvement transforment-ils notre manière de percevoir, de comprendre et de raconter des œuvres dramatiques ?